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Interview avec Ziad Majed sur les dernieres positions de Walid Joumblatt - iloubnan.com

A la veille du cinquième anniversaire de la formation de l’alliance du 14 mars et de l’avènement de la Révolution du Cèdre, le chef du Parti Socialiste Progressiste Walid Joumblatt a déclaré sur la chaine al-Jazeera avoir tenu des propos « indécents », trois ans auparavant, à l’encontre du président syrien Bachar Assad. Le point sur les déclarations de celui qui fut l’un des membres fondateurs de l’alliance, avec le politologue Ziad Majed.
iloubnan.info : Comment évaluez-vous les dernières déclarations du député Walid Joumblatt à la chaine Al-Jazeera?
Ziad Majed : Tout d’abord, il faut comprendre les positions de Joumblatt « en trois dimensions » :

- La dimension régionale : il croit que la réconciliation entre Damas et Riad nécessite un repositionnement au Liban et la fin des « hostilités » avec Damas, surtout que les Etats-Unis sont entrain de réévaluer leurs relations avec le régime Assad, et entameront probablement une forme d’ouverture dans les prochains mois (retour sur place de l’ambassadeur, visites officielles, etc…).

- La dimension nationale : il considère que le pays se dirige - si les clivages continuent à s’approfondir - vers des tensions et des confrontations qui risquent d’être alimentées par des événements externes reliés à Israël, l’Iran, la Syrie et les accusations que le tribunal international pourrait porter dans l’affaire Hariri, que ce soit en direction du régime syrien ou en direction d’une formation libanaise (scenario évoqué par le journal allemand Der Spiegel qui parle de l’implication d’un membre du Hezbollah par exemple). Pour lui, cela nécessite « une ceinture de sécurité interne » qu’il souhaite mettre en place.

- La situation au Mont Liban sud (les Qazas de Aley et du Chouf), et la condition druze au Liban: Joumblatt, minoritaire confessionellement sur le plan national (et même dans son propre fief montagneux), veut trouver des issues pour sortir de l’encerclement auquel il fait face. Joumblatt dans ce sens est très « territorial ». Ses adversaires ont tenté de l’isoler géographiquement et politiquement, et les attaques par le Hizbollah le 7 mai 2008 envoyaient un message dans ce sens. Il veut en finir avec cette situation.

Au-delà de ces raisons, je crois que Joumblatt souhaite tourner la page d’une phase et de certaines alliances qu’il a parfois eu du mal à digérer. Il souhaite aussi préparer son fils Taymour à sa succession dans un contexte plus ou moins apaisé.

Personnellement, je ne cherche pas à porter des jugements de valeurs, mais je pense que certaines de ses rencontres et de ses déclarations quant à sa visite possible à Damas, ne lui rendent pas service, et entachent son image de leader de l’Intifada de l’Indépendance (et il faut rappeler qu’il était le véritable leader de cette Intafada en 2005). Son « pardon » et son « oubli » quant à l’assassinat de son père exprimés sur Al-Jazeera le 13 mars dernier renvoient, comme l’a exprimé une amie juriste, à des temps où la justice était privée. Il appartenait à la victime de pardonner ou de se venger. On en oublie que la notion de puissance publique est née quand la collectivité s'est imposée dans le règlement des conflits…

Selon le Hezbollah, le président syrien Bachar Assad est désormais prêt à rencontrer Joumblatt. Mais à quel point cette réconciliation est vraiment garantie surtout que Joumblatt avait tenu des propos diffamatoires contre Assad notamment?
La réconciliation s’inscrit à partir de ce que j’ai présenté dans les contextes régional et national assez spéciaux. Par ailleurs, je ne qualifierai pas les précédentes déclarations de Walid Joumblatt envers le président syrien de « diffamatoires ». Joumblatt avait exprimé sa colère comme celle de beaucoup de Libanais envers le régime syrien durant les années noires et les vagues d’assassinats et de violence orchestrés contre les leaders, députés, ministres, journalistes et militants du camp 14 marsien (2004 – 2008) . Peut-être que la terminologie aurait pu être plus modérée. Mais reste qu’elle n’était en rien diffamatoire…

Certains redoutent la "reproduction en 2010 du même sort tragique qu’en 1977". Joumblatt risque-t-il sa vie ?
Je pense que les circonstances ont changé. Kamal Joumblatt était parti à Damas en 1977 portant un message de défi et de refus du rôle syrien – politique mais surtout militaire - au Liban. Walid Joumblatt partira cette fois avec un message de réconciliation après le retrait militaire syrien du pays. Donc je ne vois pas vraiment un parallélisme, même si je pense qu’au fond, le régime syrien ne pardonnera jamais à Walid Joumblatt son grand rôle dans le soulèvement de l’indépendance…

Quels sont les enjeux de la période à venir, à la lumière des développements qui s’accélèrent ? Et quelle figure fera Joumblatt ?
On est déjà dans un Statut quo qui ne risque pas d’évoluer rapidement, avec un rapport de force politique (et non pas populaire) plutôt favorable au Hezbollah et ses alliés vu la situation dans la région et vu le poids des armes du Parti de dieu et son influence sur le processus politique interne…
Je ne pense pas que Walid Joumblatt sera dans le camp du 8 mars… Il restera centriste en maintenant une relation assez particulière avec Saad Hariri, et en développant sa relation avec Nabih Berri et le Hezbollah. Pour le reste, il y aura souvent des hauts et des bas.

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